Hier, le film coréen The chaser de Na Hong Jin est sorti en salle. Voici le pitch a priori assez simple : Un ancien ripou devenu proxénète voit ses " filles " disparaître les unes après les autres car elles sont toutes victimes d'un sérial killer.
Je n'en dirai pas plus afin de préserver la surprise intacte. Car ce film est une claque mais alors une claque monumentale !
The chaser est un premier film et déjà, devant la maîtrise aussi bien formelle que scénaristique de l'oeuvre, ça laisse pantois !
De fait ma critique sera brève car, avant toutes choses, il faut découvrir ce joyau !
Je pourrai juste dire que, comme c'est le cas de beaucoup des grands films coréens, Na Hong Jin réussit un parfait mélange de tons. Ainsi dans ce long métrage cohabitent, harmonieusement, aussi bien l’humour et l’horreur, le sordide et le léger,… Ainsi des scènes vraiment dures n’empêchent pas un ton plus humoristique que ce soit dans le comportement du héros ou lorsqu’il s’agit de brocarder l’immobilisme et la sclérose d’une institution policière bureaucratique, hypocrite et querelleuse. On pense alors, souvent, au Bong Joon Ho de Memories of murder ( et c’est pas un mince compliment ! ).
Dès le départ, le jeune réalisateur parvient à instaurer une tension palpable et étouffante ( voir la scène éprouvante où le tueur tente de massacrer la prostituée à l'aide d'un ciseau à pierre ). Une tension qui va crescendo lorsque Na Hong Jin tente ( et y parvient ) de croiser plusieurs courses à la montre qui maintiennent toujours éveillées l’attention du spectateur.
A côté de cela, le film nous propose des personnages vraiment intéressants. Que ce soit le proxénète, héros brutal, obstiné et vindicatif qui se découvre une part d’humanité, ou le tueur qui au départ paraît presque faible et pathétique ( voir sympathique ) avant une dernière partie pessimiste et oppressante où il nous montre toute sa monstruosité et sa noirceur.
Le dernier tiers est d’ailleurs réellement dur et amère. Même la douce image de la fin ne fait que renforcer le sentiment de tristesse profonde qui s’impose.
Enfin il y aurait plein d’autres choses à dire. Il faudrait revenir sur des scènes vraiment belles et subtiles (notamment une séquence avec la petite fille de la prostituée), sur la poésie morbide de certaines images, sur la réussite avec laquelle le réalisateur parvient à donner une âme, tourmentée, à Séoul ( entre Bas fonds sordides, Buildings modernes et vieille ville aux rues tortueuses ), ect...
Bref ce film est une réussite totale ! Une vraie baffe à ranger aux côtés des Memories of murder, The host, A bittersweet life, Taegukji, Printemps, été, automne, hiver et… printemps, Old boy et autres Simpathy for Mr Vengeance … Tous ces films qui m’ont fait aimer le cinoche coréen.
Et puis c’est pas tous les jours qu’on a l’impression de découvrir un génie. Car ,franchement, je pense que le père Na Hong Jin on va réentendre parler !