Alors aujourd'hui on fait du neuf avec du vieux. En bon monomaniaque que je suis, la texte qui va suivre concernait évidemment Miyazaki. C'était un avis portant sur son premier long métrage : Le chateau de Cagliostro. Cette critique, datant de 2002 , vous paraitra surement maladroite. Je l'ai d'ailleurs légèrement retouchée. Veuillez m'en excuser.
Lupin III est le premier film de Miyazaki mais aussi peut être son seul film mineur à ce jour .Tout y est moins ambitieux et poétiquement fort que dans ses oeuvres postérieures. Pour autant c'est loin d'être un mauvais film (ni même un film de qualité moyenne ).
C'est tout d'abord une véritable perle du " caper movie " ( dont le plus illustre représentant est La main au collet d'Alfred Hitchcock),tout en étant un des actionners les plus "cool" de ces 30 dernières années ( aidé en cela par la partition "easy listening" de Yuji Ohno ).
Ce long métrage révèle de plus le génie du réalisateur dans les scènes de courses-poursuites avec une séquence particulièrement anthologique où le héros secoure une jeune fille évanouie à son volant et poursuivie par une bande de miliciens (sa maestria dans ce domaine atteindra son apogée avec Laputa et Porco Rosso ).Mais réduire ce génie à cette seule scène serait une erreur tant, dès qu'il s'agit d'action, son aisance est remarquable. Ainsi la limpidité de ces passages est exemplaire, il ya un véritable fourmillement d'idée et un tempo trépidant (hérité des programmes animés sur lesquels Miyazaki a travaillé ,dont la série Lupin ) tout en alternant comédie, tragédie et parfois lyrisme ( avec notamment la poursuite finale dans un donjon renvoyant à la littérature d'aventure française de la fin XIX et début XX°comme Les 3 mousquetaires de Dumas et évidemment Arsène Lupin de Maurice Leblanc).
Les personnages sont quant à eux assez bien travaillé sans pour autant atteindre la complexité de Princesse Mononoké par exemple. Mais ils méritent quand même que l'on s'attarde sur eux .Le héros Lupin est le prototype même du héros post 60's cool, insouciant, roublard, séducteur, malhonnête , cynique, mystérieux et dangereux (en gros James Bond et certains personnages de Steve Mc Queen).Pourtant celui ci brisera peu à peu sa carapace pour révéler un personnage pudique , sensible, triste et furieusement romantique dans sa scène d'adieu à la douce Princesse Clarisse. Il est ici le digne succeseur de son ancêtre Arsène. Il est l'incarnation parfaite du gentleman cambrioleur, le parfait contraire du tueur froid que peut être Bond sous son allure de dandy ( donc pas le Bond de Au service secret de sa majesté ).
Lupin n'est par contre pas le seul personnage multi-dimensionnel du métrage .Ainsi on retiendra le personnage de l'inspecteur Zénigata, limier inlassable et obstiné traquant sans relâche Lupin. A première vue Zénigata est un bouffon vociférant plus proche de De Funès dans la série des Fantômas (autre grand héros de "Caper Movie") que de Javert.
Pourtant peu à peu l'on s'aperçoit qu'il admire Lupin et que sa vie s'articule autour de cette traque .Il ne pourrait véritablement arrêter Lupin sous peur de réduire à néant sa propre vie. Il partage alors la tragédie de Javert se suicidant à la mort de Valjean,à jamais tiraillé par son obsession .
Puis il y a princesse Clarisse , archétype miyazakien du personnage féminin (notamment Nausicaa et San),c'est à dire forte ,romantique, jeune, quasi-tragique ,aimant son prochain jusqu'au sacrifice .
Enfin l'on trouve le comte Cagliostro seul personnage fondamentalement mauvais voir cruel de Miyazaki avec le bad-guy de Laputa.
On ne touchera que quelques mots des personnages secondaires qui sont particulièrement croustillants comme le roublard et bagarreur Jigen,le taciturne samouraï Goemon et Ryuko véritable pendant féminin en treillis de Lupin totalement dénuée de complexe(bien que l'on soupçonne un chagrin d'amour dont Lupin serait, vraisemblablement, le responsable ).
Mais le plus important reste évidemment les prémices du style miyazakien outre les poursuites palpitantes et le personnage de Princesse Clarisse avec son rôle à la fois fragile et fort toisant de loin des hommes généralement bêtess, violents, lâches, naïfs et cruels(rejoignant ainsi un autre génie asiatique Tsui Hark).
On retrouve ainsi les paysages germano-médittéranéens de Porco Rosso et Kiki's Delivery Service dans une démarcation évidente du Liechenstein et de la riviera. Une passion pour l'Europe que l'on retrouve dans le design des véhicules ( notamment la deuche qui est l'automobile préférée de Miyazaki, et sert ici de véhicule d'évasion à la princesse).Outre ce design d'engignerie commun à de nombreux Miyazaki ( Porco rosso et Laputa) , on retrouve les machineries jules verniennes chères au réalisateur ( l'horloge) et des machines volantes assez particulières ( mais plus dans une tendance moderne version Nausicaa que le style avions pionniers de Kiki , Laputa et dans une moindre mesure Porco Rosso).
Par contre le message écologique généralement délivré par le réalisateur est ici d'une grande discrétion malgré une séquence sublime où la rivière délivrée des barrières érigées par l'homme (et suprême ironie grâce à ce dernier) inonde la vallée ,et créé un lac gigantesque, faisant ainsi une île de la principauté de Cagliostro. Témoignage la toute puissance de mère nature qui finit toujours par reprendre ses droits.
Cependant on retrouve une autre variante de ce thème cher au maître, c'est à dire l'inquiétude de perdre à jamais des parts importantes de notre patrimoine culturel ou écologique ( ce sont les principales thématiques de Princesse Mononoké et du Voyage de Chihiro ) .Cela se traduit dans le film par le trésor après lequel courent le comte et Lupin , et qui se révèlera être une gigantesque et magnifique cité romaine engloutie ( cela sera partiellement repris dans Laputa ).
Doté d'une animation éblouissante pour un film de 1978 , Lupin III est, ainsi, l'esquisse essentielle pour la compréhension totale des toiles de maître à venir.
Sanju
mar 05 mai 2009 12:17