Tintin en Angola  posté le dimanche 15 mars 2009 11:00

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Alors je vais profiter de ce sujet pour vanter les mérites d'une sympathique comédie d'Ettore Scola : Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique ?

L'histoire : Un riche éditeur ( Alberto Sordi ) s'ennuie dans sa vie mondaine et bourgeoise. Il décide alors de retrouver son beau-frère ( Nino Manfredi ) disparu depuis plusiseurs mois en Angola. Et c'est parti pour l'aventure en compagnie d'un pauvre comptable blasé ( Bernard Blier ).

Ce film réjouissant aurait pu être retitré Tintin en Angola tant sa structure, son rythme et même son ambiance évoquent Tintin au Congo de Hergé : découverte de la société coloniale ( ici portugaise ), jeu sur les stéréotypes inhérents au continent africain ( tribus armées de sagaies, sorciers, missionnaires; ... ) et rencontre d'un bestiaire varié ( lions, rhinocéros, Onyx, Zèbres, Chimpanzés,... ). Une même simplicité, voire naïveté, semble parcourir l'oeuvre. Pourtant, chez Scola, cette naïveté n'est qu'apparente.

Là où Hergé montre sa sympathie évidente pour le colonialisme, Scola joue des codes du récit d'aventure afin de nous retourner le discours colonialiste en plein gueule. Doté d'un humour caustique  et efficace, Scola joue en maestro des clichés. Ainsi chaque scène stéréotypée du genre se retrouve ici inversée : la chasse au lion se termine piteusement, l'accoutrement d'explorateur de Sordi est ridicule, quand les africains brandissent des sagaies c'est pour délivrer les héros, les missionnaires sont soit séniles, soit cupides,... Mais d'après l'exemple le plus subtil de ce retournement des valeurs est le suivant :
Dans Tintin au Congo, le héros est accompagné d'un gentil africain débrouillard mais lâche et un peu fripouille. Cela traduisait la vision condescendante portée par les européens sur les africains. Dans le film de Scola on trouve un personage semblable mais il est portugais. C'est donc un colon et cela change tout au discours.
De fait l'odyssée africaine, empreinte de pensée coloniale, telle que rêvée par le héros est désuète. Elle est un vestige voué à disparaître. Ainsi les aventures, souvent risibles, des protagonistes sont le contrepoids, à la fois critique et bouffon, des gravures du XIX° ouvrant le générique et montrant la supériorité du conquérant blanc. D'ailleurs, dans ces gravures, les explorateurs ont comme point commun avec le personnage de ne considérer la culture et la vitalité africiane qu'à travers son folklore. C'est encore le cas aujourd'hui.

Scola se montre donc très critique envers le colonialisme. Tourné en Angola, alors qu'elle était encore portugaise, le long métrage montre une Afrique européenne agonisante. La société coloniale y est malade ( les missionnaires, la folle ) ou violente ( la scène où un colon portugais tente d'aider les héros à traverser un fleuve ). Quand aux militaires blancs ce sont des mercenaires à la fois soldats et brigands. Mercenaires qui sont le juste reflet de l'épouvantable manière par laquelle les européens ont tenté d'imposer leur domination après les indépendances ( lire l'excellent La françafrique de Verschave pour constater l'ampleur des dégâts ! ).
A ce colonialisme moribond et anarchique, empreint de veulerie et de cupidité, Scola oppose une population africaine pleine de noblesse et dont il aime filmer la beauté. A l'exubérance des blancs répond la retenue des angolais ( les larmes coulant sur les joues de la jeune fille lors du départ de Manfredi ). Là aussi c'est une inversion claire et nette des clichés.
Le réalisateur joue la partition d'une odyssée bouffonne jusqu'au bout. Ainsi Scola se permet de livrer un pastiche de Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad ( comme l'a judicieusement évoqué le très interéssant Profondo Rosso sur le forum Mad Movies). Le personnage de Sordi lui même évoque, à un moment, cette filiation. Ainsi le pitch du film est semblable à celui de Conrad : Un homme part à la recherche d'un autre homme disparu et explore pour cela une contrée inhospitalière. Il finira par retrouver le disparu devenu le dieu blanc et terrible d'une société primitive.
Mais exit la noirceur de Conrad, place au duo burlesque et savoureux de l'extraverti Sordi et du savoureux Blier.

Toutefois tout n'est pas parfait dans cette oeuvre réflexive et amusante. On peut reprocher quelques effets de style très daté et des stock shots de rhinocéros pas très heureux. Mais bon ne boudons pas notre plaisir. Nos héros... est oeuvre rythmée, intelligente et amusante qui par certains points évoque le Voltaire de Zadig ou de Candide ( une oeuvre réflexive habillée des atours du récit d'aventure le plus stimulant ).

Un film qui convoque Conrad, Hergé et Voltaire c'est quand même pas si mal !

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