James Mangold est un solide artisan mais un réalisateur hélas sous estimé. Pourtant rares sont les réalisant sachant, aussi bien, manier le cinéma populaire ( dans le sens le plus noble du terme ) et l'intimisme. C'est aussi un très bon directeur d'acteur ( comment ne pas penser à la superbe prestation de Stallone dans Copland ). D'ailleurs il n'est pas étonnant qu'il est tourné avec certain des meilleurs acteurs de leur génération ( par exemple Russell Crowe, Christian Bale et Ben Foster dans le très beau 3H10 pour Yuma )et ce durant un laps de temps, finalement, assez court.
Et donc, je viens de voir son oeuvre la plus célèbre : Walk the line. Biopic consacré au grand Johnny Cash, le film avait de grandes chances de me plaire ( j'adore ce chanteur ! ). Et fort heureusement c'est tout à fait le cas.
Le film commence dans l'immensité des champs du Middle west. Une vision d' "Americana" qui évoque le John Ford des Raisins de la colère ( même bucolisme, même regard porté sans complaisance sur une Amérique paysanne, blanche et pauvre ). En somme, une introduction qui laisse augurer du meilleur. On suit Cash enfant découvrant la musique par le gospel que ne cesse de chantonner sa mère. On découvre aussi les blessures qui feront de lui un éternel écorché vif.
Et puis arrive le grand musicien qui deviendra la première rockstar ( et oui il précéda même le King Elvis ). Naissance que sublime Mangold durant la très belle scène où Cash enregistre son plus grand classique : Folsom prison blues. Le film ainsi nous ballade ( comme si de rien n'était en plus ) au coeur même de la légende du rock : Elvis Presley chantant That's all right mama pour la première devant un public conquis, June Carter composant le mythique Ring of fire et bien sûr le live de l'homme en noir à la prison de Folsom. Et ce sans oublier les apparitions de Jerry Lee Lewis.
Le film constitue ainsi un plaisir pour les cages à miel, alignant les standarts les plus entraînants. Et puis comment ne pas louer l'impressionnante prestation de tous les acteurs qui donnent de la voix et donc d'eux même. Lorsque Joaquin Phoenix se met à chanter on dirait Cash lui même. C'est impressionnant. De même, Resse Witherspoon y fait preuve d'un certain talent vocal.
Mais au dela du chant, tous les acteurs, du premier au second rôle, semblent littéralement investir leurs personnages ( il est vrai très bien écrits ). Ainsi, Tyler Hilton est un Elvis plus vrai que nature, reproduisant à merveille sa célèbre moue boudeuse. Ce vieux briscard de Robert Patrick ( le T-1000 de Terminator 2 ) est très bon dans le rôle du père rigide de Cash. Mais surtout Phoenix confirme qu'il est un des meilleurs acteurs en activité. Il est Cash dans toute dans sa splendeur ou sa décadence. Il est, d'une scène à l'autre, charismatique et pathétique, romantique et colérique, superstar et paumé intégral, génie et looser. Il est, le plus souvent, tout cela à la fois. Il nous émeut et nous met en colère ce grand amoureux, un peu fleur bleue, écorché vif se brûlant à l'alcool et aux amphets.
Et puis il y a Resse Whiterspoon. Formidable Whiterspoon qui trouve aussi son plus beau rôle, celui de June Carter, l'âme soeur de l'homme en noir. Quel personnage que la petite Carter. Une jeune femme menue débordante d'énergie et de vie. Mais aussi un être complexe cachant ses blessures ( son divorce mal accepté par l'Amérique puritaine, sa certitude de ne pas savoir chanter suffisamment bien ), un être de lumière qui sauvera, par la seule force de sa détermination inflexible, l'homme qu'elle aime de l'enfer dans lequel il c'est enfoncé.
Sur la base d'un tel personnage, Witherspoon se révèle époustoufflante de justesse. Elle chante, danse, rit, blague puis soudainement passe à la fureur, l'anxiété ou la tristesse. Elle fait preuve, à la fois, d'une retenue et d'une vitalité ( pas facile à gérer comme paradoxe ) qui force le respect. En tout cas cela lui permit de récolter un oscar - très - amplement mérité.
Mais le talent des comédiens est aidé par la qualité d'écriture du scénario et - surtout - par la subtilité dont il fait preuve. Jamais le film n'appuie ostensiblement les informations qu'il nous délivre. Ce qui est dit une fois est considéré comme acquis pour le spectateur. Pas besoin d'y revenir. C'est suffisamment rare, aujourd'hui, dans le cinéma hollywoodien ( où l'on surligne tout au stabilo bien fluo ) pour que ce soit dit.
Preuve de la finesse du scénario : Alors que June Carter semble sécher sur la suite de son morceau Ring of fire, on voit Cash revenir du Mexique. Scène toute simple qui annonce la tonalité mariachi de la chanson.
En tout cas Walk the line est surtout un des plus beaux films romantiques de ces dernières années.
En bonus : La version, chantée par Joaquin Phoenix, de Folsom prison blues ( une des plus belles chansons du répertoire américain à mon humble avis ).


Bilouff
ven 17 oct 2008 16:03