Full metal Kamarad  posté le mercredi 10 septembre 2008 15:36

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Ces dernières années nous avons assisté à la sortie dans différents pays de films de guerres populaires, aux budgets conséquents et traitant de conflits plutôt rares sur le grand écran. Ces longs métrages de qualité rencontrèrent soit un immense succès ( dans leur pays d'origine ), soit n'attirèrent que trop insuffisamment le grand public.

Ces oeuvres sont, notamment, le sud coréen Taegukgi réalisé par Kwak Kyung Taek et narrant la guerre fratricide qui déchira la péninsule de 1950 à 1953, le chinois The assembly de Xiagang Feng traitant de l'affrontement entre le Guomindang et les maoïstes de 1945 à 1949 ou le français L'ennemi intime de Florent Emilio Siri qui aborde "l'opération de maintien de la paix" dans l'Algérie "française" qui dura de 1954 à 1962. Et, à ces trois films, il est possible de rajouter  le russe La 9° compagnie de Fyodor Bondarchuk ( fils de Sergueï Bondarchuk, le très mégalo réalisateur de Guerre et paix et Waterloo ).

Donc aujourd'hui nous allons parler de 9 Rota ( c'est le titre russe ) qui nous plonge, aux côtés de jeunes recrues des paras de l'Armée Rouge ( des mecs qui rigolent pas tous les jours quoi ! ), dans les dernières années de l'occupation soviétique de l'Afghanistan ( et donc là ils rigolent encore moins ! ).

Evidemment on peut être curieux de voir le traitement russe ( les américains l'avaient déjà abordé dans l'excellent La bête de guerre  de Kevin Reynolds ou le très fun mais crétin Rambo III ) de ce conflit qui fut, en quelque sorte, le " Viêt Nam " de l'URSS et précipita la faillite de l'Empire rouge en montrant aux yeux du monde qu'il n'était pas aussi invincible que l'on croyait.

De fait, l'Afghanistan reste une blessure vivace pour de nombreux russes et ressortissants de l'ex Union Soviétique ( et ce sans oublier les souffrances que subissent, encore aujourd'hui, les afghans ). Il est donc intéressant de voir comment la cinématographie de ce pays, de plus en plus obsédée par l'idée de renouer avec sa " grandeur passée ", a pu traiter d'une telle balafre.

Au départ on craint le pire. Tout semble sonner faux et la réalisation se révèle balourde. Puis arrive une première moitié inégale mais surtout très curieuse : Bondarchuk nous livre, tout simplement, une version communiste de Full Metal Jacket ( scène de la tonsure des trouffions à l'appui ) et avec une armoire à glace slave dans le rôle du sergent instructeur. Ces passages sont sympathiques mais plutôt anecdotiques. Le réalisateur ne parvient pas, à la différence de Stanley Kubrick, à nous  montrer efficacement le conditionnement violent visant à transformer des êtres humains en des machines à tuer. Et pourtant j'aurais pensé qu'il y avait de quoi faire avec l'Armée Rouge ! Toutefois, Bondarchuk arrive à faire vivre ses personnages et à nous les rendre attachants falicitant d'autant plus l'identification du spectateur.

Et arrive alors la deuxième partie lorsque les paras arrivent dans la vallée de la Ferghana. Et là on monte clairement d'un niveau. Le film évoque alors l'excellent L'ennemi intime. Ces mêmes superbes paysages minéraux, poussiéreux, désertiques. Une guerre qui ne dit pas son nom ( comme en Algérie, et aujourd'hui encore les membres de l'OTAN en Afghanistan, on parle d'opération de maintien de la paix ). Cette routine constituée de patrouilles dans les montagnes arides. Ces ennemis insaisissables. Ces escarmouches aussi brèves que violentes.

Bondarchuk fait monter la tension ( notamment dans un superbe face à face entre un " bleu " et un moudjahiddin confirmé ) et évoque l'irrésistible embourbement d'une jeunesse dans un pays que personne n'est jamais parvenu à dominer.

Le film à un rythme lent et pourtant on reste scotché. On sent se refermer, inexorablement, patiemment, l'étau qui viendra à bout, à force de ronger de tous côtés, de la plus puissante armée du monde. Les soldats restent confinés dans leur enfer alors que le monde change ( la perestroïka et la glasnost transforment à jamais l'URSS, Berlin s'apprête à détruire son funeste mur, la Pologne ne cesse de remuer, ... ). Et vient alors,  au détour d'une scène à la sècheresse exemplaire, la confrontation finale, brutale et sanglante, sans compromis ( les deux camps ne feront pas de prisonniers... Reflet d'une haine idéologique qui ne peut s'assouvir que par l'annihilation totale ! ). C'est peu dire que la fin prend littéralement aux tripes ( et dont la force est décuplée par l'attachement que l'on éprouve envers ces soldats pas si différents de nous ).

La conclusion se révèle amère. Un final logique quand on pense aux centaines de milliers de vies anéanties inutilement  pour la gloire d'un empire qui s'écroula totalement 3 ans plus tard.

Et pourtant le réalisateur admire ces soldats, rendus plus héroïques encore par leur inutile combat. Il les magnifie, fait ressortir leur statut iconique dans les moindres de leurs poses ( on pense alors à la représentation des soldats américains dans Une balle dans la tête ). De véritables statues de bronze comme le fera remarquer un des personnages. Mais c'est aussi là que le bât blesse. Bondarchuk ne s'en révèle que plus léger dans sa description des atrocités - pourtant avérées - de l'armée soviétique ( on voit bien un village entièrement rasé en guise de représaille et quelques pièges vicieux tendus par les russes mais bon... ). De même, le réalisateur semble chercher à atténuer la portée de la défaite en arguant la supériorité numérique des rebelles et ,surtout, la qualité supérieure de leur armement ( fourni par les américains il est vrai ).  Si il est certain que les missiles stinger et autres produits occidentaux influencèrent clairement le cours de la guerre, il ne faudrait tout de même pas oublier que l'URSS jouait le rôle du lion et surement pas celui de la souris !

Ces quelques réserves mises à part, La 9° compagnie est un bon film de guerre ( et un des plus gros succès du cinéma russe ) qui mérite largement d'être vu. Et ce d'autant plus, qu'aujourd'hui encore ( comme l'actualité nous l'a tristement rappelée ), des êtres humains sont victimes de la guerre en Afghanistan. Une situation qui dure, sans interruption, depuis seulement 1978.

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