Non cet article ne vantera pas les mérites d'un documentaire hautement polémique de Michael Moore traitant du dentier de l'actuel occupant ( ou plutôt son daddy ) de la maison blanche !
Il sera plutôt question d'un saurien ( j'adore ce mot ! ) géant croquant du touriste au fin fond de la cambrousse australienne.
Vous l'aurez compris nous allons parler de Rogue ( non pas la bouzasse avec un clone foireux de Jet Li ! ), aka Le solitaire en France, du réalisateur australien Greg Mc Lean.
En 2006, dans notre belle contrée, sortait Wolf creek, premier long métrage du même Mc Lean. Le film, en tout cas pour votre humble serviteur, avait été une véritable claque, la révélation d'un cinéaste à suivre. Commençant comme une douce chronique amoureuse, magnifiée par l'austérité du bush australien et une subtile caractérisation des personnages, le récit se transformait soudainement en un survival dur, vicieux, éprouvant et incroyablement désespéré. Un film coup de poing et sadique à l'ambiance fascinante et étouffante.
Dieu sait alors si je ne pouvais qu'attendre l'annonce d'un projet associant Mc Lean et une histoire de " sac à main sur pattes " anthropophage ( j'ai toujours adoré les récits narrant les fières épopées de bestioles voraces ) et ce d'autant plus que l'exploitation cinématographique de la gent crocodilienne n'avait, pour l'instant, pas accouchée d'oeuvres mémorables ( bon j'avoue quand même éprouver un faible pour le très fun Lake placid de Steve Miner ).
Et donc ce Rogue que vaut-il ? Et bien c'est très nettement le haut du panier dans le genre ( il faut quand même que je vois son compatriote Black water pour me faire un avis définitif sur la question ).
Tout d'abord, comme dans son précédent film, Mc Lean utilise à merveille les monumentaux décors du pays des koalas ( ici la très sauvage province des territoires du nord ). On ressent la chaleur écrasante, l'immensité du pays. Les gorges et les falaises isolent les personnages, les étouffent tout comme la lumière très chaude ( parfaitement retranscrite par le directeur de la photographie ) appuie la vision d'une contrée reculée où la vie ne peut qu'être coriace. Ainsi le film pose déjà ses jalons. On y traitera de la nature dans toute sa splendeur et sa cruauté.
Et puis il y a le reptile géant en question. Et il est vraiment réussi pour le coup ( et réalisé par l'entremise de SPFX très réussis et assez peu voyants ) ! Immense, bestial et vicieux, le gloumoute se révèle splendide et réellement impressionnant. Une bestiole sortie du fond des âges ( je suis sur qu'elle est capable de boulotter un stégosaure ) et qui rivalise, presque, avec son cousin Bruce le squale des Dents de la mer. Franchement, à côté du bestiau de Rogue, les sauriens que traque Crocodile Dundee c'est comme les lézards verts auxquels on arrache la queue en cours de récré !
Ensuite Mc Lean se révèle très habile dans la gestion de la tension. Ainsi chaque confrontation avec ce lointain cousin de Walligator ( bon il paraît quand même un peu plus cruel à l'écran ! ) se révèlent être autant de scènes d'anthologie. Le réalisateur joue sur l'étirement du temps et retarde ainsi l'inéluctable. C'est ce que l'on appelle jouer avec nos nerfs et ici la partition est magistrale. Et que dire de la confrontation épique entre Michael Vartan et le gros lézard au fin fond de son antre glauquissime !
Toutefois tout est loin d'être parfait. D'abord le film est bien trop court et, de ce fait, nombres d'actions paraissent trop elliptiques. Mais surtout, et alors que c'était une très grosse qualité de Wolf creek, l'écriture des personnages semble inaboutie. Ils sont esquissés à grands traits et leurs relations sont à peine développées. Mc Lean peine à créer une réelle situation de conflit entre eux lorsqu'ils sont coincés sur l'îlot. Tout est trop vite expédié sans réelle approfondissement pour vraiment fonctionner. C'est dommage car l'on s'attache peu aux personnages ce qui amoindrit finalement le suspense habilement instauré à l'écran ( on a plus peur pour des personnages que l'on apprécie ). Pourtant certaines touches assez subtiles révèlent, par moment, le talent de Mc Lean pour la caractérisation.
En conclusion si Rogue n'est pas Les dents de la mer du film crocodilien, il est en clairement L'ombre et la proie ( très sympathique film d'aventure de Stephen Hopkins avec des lions tueurs ). Et ce n'est déjà pas si mal !


ygrael
ven 22 aoû 2008 20:02