En 1992, à Hong Kong, sortit Hard boiled ( aka A toute épreuve en France ) de John Woo. Le génial réalisateur cantonnais signait ici son dernier film au sein de la colonie britannique ( et dont il anticipait anxieusement la rétrocession à la République Populaire de Chine en juillet 1997 ) avant son envol pour les USA.
Pour tous les cinéphiles avides d'action Hard boiled fut une claque, une bien maousse digne d'une mandale de King Kong. Hard boiled concluait brillamment une fastueuse période de 6 ans ( c'est à dire depuis la sortie triomphale de A better tomorrow, intitulé Le syndicat du crime chez nous,en 1986 ) où M. Woo avait aligné les classiques ( les 2 premiers A better tomorrow, The killer, Une balle dans la tête ). Hard boiled fut donc un feu d'artifice, un spectacle pyrotechnique sans pareil, un sublime cadeau d'adieu à Hong Kong. Les séquences d'actions anthologiques ( dont un incroyable plan séquence ) y cotoyaient un sens aïgu du mélodrame et des acteurs charismatiques en diable ( Tony Leung Chiu Waï, Chow Yun Fat au sommet de sa coolitude, le génialement dément Anthony Wong et Phillip Kwok en bad guy über charismatique ).
En clair, et à mon humble avis, Hard boiled fait parti des 5 meilleurs films d'action auprès de L'épreuve de force de Clint Eastwood, de Time and tide de Tsui Hark et Die Hard 1 et 3. Tout simplement.
Alors quelle ne fut pas l'agréable surprise de l'annonce de la sortie ( sur PS3, X-Box 360 et PC ), 15 ans plus tard, d'un jeu vidéo, intitulée Stranglehold, faisant suite ce chef d'oeuvre. Ayant bercé mon adolescence avec les classiques du cinéma HK, je bavais d'impatience en attendant d'incarner Chow Yun Fat dans un rôle wooïen. Et ce d'autant plus qu'il s'agissait de son personnage le plus cool : Tequila Yuen.
Alors finalement que vaut ce fameux Stranglehold ?
Ben ce n'est pas mal du tout. Alors il y a pas mal de défauts c'est sur. Tout d'abord le jeu apparait rapidement comme un succédanné de Max Payne ( jeu déjà très inspiré du cinéma de Woo ). Ensuite, les niveaux étant très longs, Stranglehold devient rapidement assez répétitif. Mais surtout on pourrait lui reprocher de ne pas suffisamment s'inscrire dans l'univers du film. De fait, seuls quelques éléments tels que le nom du héros, le caméo du personnage joué par John Woo, la téquila frappée et certains décors ( le restaurant chinois du début avec ses cages à oiseau ) permettent d'inscrire le jeu dans la continuité du long métrage. Il est dommage d'ailleurs que les concepteurs n'aient pas repris les thèmes musicaux accrocheurs composés par Michael Gibbs et James Wong. De même, alors que le mode multijoueur nous permet d'incarner John Woo et les différents autres personnages, il aurait été ludique et sympathique d'incarner les personnages emblématiques du film ( Tony, le bad guy, Mad dog ).
Mais toutefois ne boudons pas notre plaisir. Car la joie de jouer à un film de John Woo est quand même bel et bien là !
De plus les graphismes très soignés et la gestion assez minutieuse du décor ( en gros quand on tire sur un mur ça laisse des marques ! ) permet d'augmenter la sensation d'immersion. C'est juste jouissif de faire virevolter Chow Yun Fat, entouré d'ennemis, dans un nuage de gravats et d'éclats de bois ( ou parfois un vol de colombes evidemment ), de voir les oiseaux s'envoler quand on éclate une cage à coup de shotgun, de rétamer ses adversaires en utilisant les éléments du décor et surtout d'effectuer, au ralenti oeuf course, les pirouettes les plus improbables ( tirer couché sur une table à roulette, en s'accrochant à un lustre, en se jetant d'un toit, en glissant sur la rambarde des escaliers,.. ). En gros le plaisir de se faire son actionner wooïen perso.
Et puis, malgré les imperfections déjà citées, je ne peux que saluer la décision d'une boîte américaine de créer un jeu autour d'une oeuvre HK ( et ce même si John Woo a depuis signé des succès internationaux tels que Volte face et MI:2 ) malgré une vision de Hong Kong parfois caricaturale.
Enfin, pour ne pas être d'une totale mauvaise foi, il me faut tout de même relever deux petites références à l'oeuvre de M. Woo qui m'ont beaucoup plu. Le dernier chapitre du jeu se nomme A better tomorrow et le pistolet d'or n'est autre que celui utilisé par Nicolas Cage dans Volte Face.