Je voudrais profiter de cet article pour vous faire
partager mon amour pour une œuvre qui me bouleversa
irrémédiablement dès la première vision
: Baraka de Ron Fricke.
Comment résumer cette oeuvre ? Ce n'est pas très
évident. Baraka est un documentaire sans parole, ou
plutôt une compilation de séquences tournées
aux quatre coins du monde, dont le seul accompagnement sonore est
la musique.
De fait de quoi peut parler ce film ? Baraka en arabe signifie la
chance mais au sens religieux du terme. Une chance que l'on
pourrait définir comme étant la
bénédiction.
L'utilisation de ce terme religieux comme titre est on ne peut plus
judicieux et ce pour plusieurs raisons.
Tout d'abord Ron Fricke ne cesse de parler de la Foi. De la Foi en
ce qu'elle représente de plus primordial, de plus enfoui au
plus profond de l'âme. Par la seule force des images et de la
musique, le réalisateur parvient à retranscrire
l'essence même du sacré à la fois
émerveillement et crainte devant la majesté de la
nature mais aussi devant les réalisations de l'Homme. Dans
Baraka, le mysticisme peut découler d'une mer de nuages, du
survol aérien de la jungle mais aussi de l'invitation
à la contemplation émise par une un sanctuaire
plongé dans l'obscurité.
Baraka signifie aussi bénédiction et la
bénédiction de l'Homme c'est la terre. De fait, la
Foi que l'Homme éprouve, les questions existentielles qui
l'agitent depuis le commencement se définissent par le
rapport de l'Humain à la terre. Le documentaire
véhicule alors une conception première de la Foi,
celle animiste où l'Homme craint et respecte les
règles et la beauté d'un monde qu'il ne comprend pas
tout à fait. Mais un monde dont l'être humain veut
comprendre tous les rouages que ce soit par la science ou la
religion. Le long métrage nous montre cette quête de
la transfiguration ,qui compose finalement l'histoire de
l'humanité, en mêlant religions animistes,
polythéistes et monothéistes ( les danses de l'ordre
soufi turc des derviches tourneurs ) qui, finalement, tendent
toutes finalement au même objectif : comprendre le monde et
organiser notre vie en fonction de ce que l'on croit en
comprendre.
D'ailleurs le monde moderne, rationnel montré dans le film,
n'échappe pas à la spiritualité. Il y a une
forme de ritualisation dans les gestes sans cesse
répétés des usines, dans le mouvement continu
des gens dans les grandes métropoles, dans cette vie qui ne
se calque plus les horaires du Temple mais sur celle des bureaux...
C'est juste un autre rapport au monde presque semblable et pourtant
très différent.
Le sacré peut prendre des formes bien différentes. Il
peut naître de la nature et des églises mais aussi des
ruines des civilisations éteintes elles aussi
obsédées par le sacré. Surtout il éclot
partout où il y a l'homme. Car le sacré nait du
regard de l'Homme sur ce qui l'entoure ( y compris le regard du
spectateur finalement ). De fait le Sacré émane de
l'Homme lui même. Ainsi Ron Fricke parvient à capter
cette beauté qui transfigure l'humain dans les lieux les
plus inattendus :dans la Babylone des bordels de Phuket, dans le
sourire d'une gamine des bidonvilles indiens, dans cette
étincelle de vie à laquelle s'accroche les SDF des
métropoles sales d'Amérique du sud, au rythme
effréné de Tokyo.
Une beauté finalement qui perdure même après
l'innommable ( la Shoah, les khmers rouges ) et qui est peut
être l'essence de l'Homme, qui est la raison de sa survie
malgré les épreuves.
J'espère que ce texte n'est pas trop brouillon mais il est
si difficile de parler de ce film. Les images ( sublimes ) et la
musique ( tout aussi sublime et signée notamment Dead can
dance et Michael Stearns ) sont tellement plus
éloquentes.
Et puis peut être que lorsque vous le verrez vous comprendrez
le film tout autrement. Il est aussi possible que je n'ai rien
compris.
