Bilan de fin d'année  posté le mardi 16 décembre 2008 16:20

Bientôt c'est la fin de l'année, les cadeaux et les grosses indigestions à base de bûches glacées fourrées au foie gras d'huître et à la dinde aux marrons le tout arrosé de Champagne bon marché

Le moment idéal donc pour établir le bilan d'une année, finalement, assez riche.

TOP 20 :

1. Wall E de Andrew Stanton: Humaniste et poétique. Le chef d'oeuvre de l'année.
2. No country for old men des Frères Coen : Le meilleur film des Coen avec Fargo ( suivi de près par The big Lebowski, Miller's crossing et Arizona junior ). De toute façon, l'excellent roman de Mc Carthy était fait pour eux. Et ce monologue final nom de Dieu.
3. Speed racer des frères Wachowski : Expérience visuelle terrassante convoquant jeu vidéo, art expérimental et hommage cinéma. Et puis quel climax !
4. Tropic thunder de Ben Stiller : Hilarant film de guerre doublé d'une émouvante parabole sur les acteurs. Et puis les acteurs sont tous géniaux ( Le Simple Jack de Stiller, Tom Cruise en avater des Weinstein bros, Robert Downey Jr et Jack Black ...  ). Et puis les B.A roxxent ( Satan's alley ! ).
5. Hellboy 2 de Guillermo Del Toro : Foisonnant et débordant d’imagination, Hellboy 2 est l’œuvre d’un enchanteur amoureux des belles histoires mais aussi celle d’un pessimiste mêlant la fin de l’Homme à celle des contes. Amours impossibles, mort des dieux animistes, agonie des légendes sous le poids de la modernité, paternité, intolérance et apocalypse… Le film est étourdissant de par les thèmes abordés. Del Toro nous gratifie, en outre, d’une magnifique intro avec des marionnettes et impose ainsi un vibrant hommage à tous ces conteurs qui nous émerveillèrent depuis l’aube des temps.
6. Two lovers de James Gray : Sublime film romantique dont la subtilité et la simplicité ne peuvent qu'arracher la coeur. Et cette fin ambigüe sur fond d'opéra !
7. L'échange de Clint Eastwood: Dense, passionnant, parfois proche de l'épouvante pure et rappellant Ellroy dans sa volonté de raconter l'Histoire de L.A par le biais du fait divers. Un grand film d'un grand réalisateur.
8. There will be blood de Paul T. Anderson: Un western aride et passionnant sur le crépuscule de l'ouest sauvage et la naissance d'une nation capitaliste. Une tragi-comédie auscultant les premiers pas d'une puissance dominé par la relation amour/haine entre grand capital et religion. Bluffant et porté par la géniale interprétation de Daniel Day Lewis.
9. Chasseurs de dragons de Guillaume Ivernel et Arthur Qwak Une oeuvre drôle ( les moutons !!! ), imaginative et poétique n'ayant pas peur de la contemplation et convoquant Moebius, Miyazaki et Tsui Hark. Le film français de l'année.
10. Tropa de elite de José Padilha : Un film coup de poing, polémique et ambigüe sur la criminalité brésilienne et l'extrêmisme de la réponse policière qui y est faite. Une oeuvre réflexive poussant le spectateur à se faire sa propre opinion. C'est suffisamment rare pour être souligné.
11. Un été avec Coo de Keiichi Hara: Un joli et humble petit film rappellant souvent Takahata. Et ce n'est pas un mince compliment.
12.Into the wild de Sean Penn: Une ode à la nature américaine, une oeuvre à la Kerouack doublé d'un constat à ,la fois désabusé et tendre sur une certaine Amérique rebelle et libertaire.
13. John Rambo de Sylvester Stallone: Une œuvre désabusée et barbare portant sur un dieu de la guerre perdu dans un monde violent et sans idéologie. Stallone livre un long métrage brut ( voir brutal ) au pessimisme étourdissant mais dont le final doux amer livre la vision sage d’un homme revenu de loin.
14. The mist de Frank Darabont: Un film énervé proposant une satire féroce taclant la paranoïa, le fanatisme et la théocratie. Mais aussi une apocalypse lovecraftienne pessimiste et cruelle dont les images, parfois superbement poétiques, trottent longtemps dans la tête. Et puis cette superbe créature chtullienne émergeant de la brume au son du Host of seraphim des Dead can dance.
15. L’orphelinat de Juan A. Bayona : Une œuvre bouleversante et cruelle sur l’enfance. L’Espagne confirme son statut de terre promise du fantastique.
16.Blindness de Fernando Meirelles : Une œuvre extrêment bien filmée doublée d’une parabole bien sentie sur mise en place d’un pouvoir dictatorial. De plus, les acteurs y sont géniaux !
17. 3h10 pour Yuma de James Mangold: Très beau western servi par deux acteurs d’exception. Il n’y a pas de doute j’adore Mangold !
18. In Bruges de Martin Mc Donagh: La surprise de l’année. Une tragi comédie décalée et émouvante. De plus, Gleeson y est génial comme à son habitude et quand à Fiennes il prouve qu’il n’est jamais plus à l’aise que dans les rôles de Bad Guy !
19. Rien que pour cheveux de Dennis Dugan: Une comédie grasse et culotté sur un sujet brûlant. J’ai rarement autant ri au cinéma.
20 . Entre les murs de Laurent Cantet : Un film intelligent et passionnant sur un métier souvent réduit à des clichés. Cantet parvient à éviter la mièvrerie et l’angélisme pour toucher ce beau métier au plus près de sa réalité. Et livre au passage un vrai film de cinéma ( et non pas le faux documentaire que certains ont voulu pointer ).

Bonus.
1. Les cendres du temps Redux de Wong Kar Waï : Quel plaisir de redécouvrir en salles le chef d’œuvre de Wong Kar Waï. Un wxp moderne dont l’approche radicale préfigurait le monumental The blade de Tsui Hark.
2. Red cliff partie I de John Woo : John Woo revient en Chine et la claque est monumentale. Red Cliff est un film épique et ludique à la réalisation virtuose. Un chef d’œuvre au souffle mythologique. En somme du Woo à la sauce Homère ( le grec pas celui de Springfield !!! ). Il faudra maintenant patienter pour une sortie en France.
3. CJ7 de Stephen Chow : Stephen Chow décide de réaliser son E.T et c’est mignon tout plein. Il ne perd pas pour autant sa fibre sociale et son humour sadique. Donc c’est mignon mais on y martyrise des créatures kawaï et ça c’est pas pour me déplaire ! ( je déteste tout ce qui est kawaï ! ). En résumé, CJ7 est aussi un film très drôle ! Honteusement, ce long métrage n’est sorti qu’en dvd en France.
4. The warlords de Peter Chan : Peter Chan est un des grands réalisateurs encore en activité à Hong Kong. Il le prouve avec ce superbe film qui, en plus de revenir sur une période passionnante de l’histoire chinoise ( la révolte des taïpings ), propose un de ses plus beaux rôles à Jet Li. Un film sombre et barbare dont on attend encore la sortie en France.
5. 13 Beloved de Chukiat Savkeerakul : Un film thaï malin et haletant au scénario intriguant et terriblement cruel. Le réalisateur fait preuve d’une véritable maestria dans la gestion de la tension et la montée graduelle vers l’horreur.
6.  The unseable de Wisit Sasanatieng : Une très belle et dépressive histoire de fantômes réalisé par un des meilleurs et des plus éclectiques réalidsateurs thaï. Le film n'est toujours pas sorti en France.

Ils auraient pu figurer dans le top si je les avais vu avant :

1. Le bon, la brute et le cinglé de Kim Jee Won : Un western coréen et léonien dynamique et frappadingue évoquant le génial Shangaï express de Sammo Hung et se clôturant par un climax juste hallucinant. De plus, le film est bourré d'idées inventives ( la prothèse en métal sifflant dans le vent ) et Song Kang Ho dans le rôle du " péon paillard " à la Eli Wallach ou Rod Steiger est juste génial.

2.  Walk hard de Jake Kasdan : Une hilarante, politiqyement incorrecte et parfois émouvante parodie du Walk the line de Mangold. De plus Kasdan, derrière la pantalonnade, parvient tout simplement à créer une saga sur l'histoire du rock ( et il faut voir Jack Black dans le rôle de Paul Mc Cartney ! ). Enfin John C. Reilly est génial dans le rôle principal. Le film est, hélas, sorti directement en DVD chez nous.

Les 5/6 : La guerre selon Charlie Wilson de Mike Nichols, Rec de Jaume Balaguero et Paco Plaza ,Dark Knight de Christopher Nolan, Gomorra de Matteo Garrone, Appaloosa de Ed Harris, Vinyan de Fabrice du Welz, Saawariya ( dont on attend encore la sortie en France ) de Sanjay Leela Bhansali, Johnny Mad Dog de Jean Stephane Sauvaire, Be kind rewind de Michel Gondry, A vif de Neil Jordan, Burn after reading des frères Coen, A bord du Darjeeling limited de Wes Anderson, Invisible target de Benny Chan ( sortit directement en DVD ), Assembly de Xiaogang Feng ( sorti directement en DVD ) .

Les 4/6 : Death sentence de James Wan, 30 days of night de David Slade , Triangle de Ringo Lam, Tsui Hark et Johnny To ( pour les deux premiers segments ), Brave story de Kôichi Chigira, MR 73 de Olivier Marchal, Crimes à Oxford de Alex de la Iglesia, Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal de Steven Spielberg, Rogue de Greg Mc Lean, Un conte de Noël de Arnaud Desplechin, Les insoumis de Claude Michel Rome, Kung Fu Panda de Mark Osborne et John Stevenson, Mensonges d’Etat de Ridley Scott, W de Oliver Stone, Harold et Kumar s’échappent de Guantanamo de Jon Hurwitz et Hayden Schlossberg, Day watch de Timur Bekmambetov, La bande à Baader de Uli Edel, Pineapple express de David Gordon Green, Step brothers de Adam Mc Kay, JCVD de Mabrouk El Mechri, Semi-pro de Kent Alterman.

 
      Les 3/6 : Sweeney Todd de Tim Burton, Cortex de Nicolas Boukhrief, , Black sheep de Jonathan King, , Mongol de Sergeï Bodrov, , Eden Lake de James Watkins, Mesrine : L’instinct de mort de Jean François Richet, Mesrine : L’ennemi public de Jean François Richet, , Forbidden kingdom de Rob Minkoff.

     Les 2/6 : Battle for Haditha de Nick Broomfield, Bienvenue chez les Ch’tis de Dany Boon, Cleaner de Renny Harlin, Jar city de Baltasar Kormàkur, Iron man de Jon Favreau, Madagascar 2 de Eric Darnell et Tom Mc Grath et surtout...

Doomsday de Neil Marshall : Magnifique et hilarant nanar post nuke rappellant le temps béni des Z ritals : 2072, les mercenaires du futur de Fulci, Les nouveaux barbares de Castellari ... Nostalgie quand tu nous tiens. Et le bad guy punk est, de loin, le méchant le plus drôle de cette année !

FLOP 25 :

1. Astérix aux jeux olympiques de Thomas Langmann: L’échec lamentable d’un film à l’égo surdimensionné plus occupé à épater la galerie avec son défilé de stars qu’à raconter une histoire. Un film qui fait régulièrement honte.
2. La terza madre de Dario Argento: Aujourd’hui Jean Rollin travaille en Italie. Et Argento est artistiquement mort. Mais le film est drôle. Autant qu’un Z cannibale réalisé par Mattei dans une décharge napolitaine.
3. Cloverfield de Matt Reeves: Un concept intéressant noyé sous les incohérences, la pose et les personnages crispants.
4. Redacted de Brian De Palma : Brian De Palma nous livre un de ses pires films. Un pensum indigeste faussement polémiste, très prétentieux et terriblement manichéen. Quand on pense que c’est une réadaptation de son magnifique Outrages.
5. Bataille à Seattle de Stuart Townsend: Stéréotypé à outrance. De bonnes intentions ne font pas un bon film.
6. Jumper de Doug Liman: Un film ayant pris 20 ans en deux semaines. Une œuvre rare en somme.
7. Taken de Pierre Morel: Un sous Seagal con et raciste mais ô combien drôle !
8. Les liens du sang de Jacques Maillot: Un récit banal de polar + une bonne histoire intimiste bien de chez nous très stéréotypée = Rien du tout !
9. 10000 BC de Roland Emmerich: Le vrai nanar savoureux. Il y a des rastas de cro magnon, des mammouths vénères ( enfin pas beaucoup quand même ) et des dodos carnivores. Que demande le peuple ? Un bon film je sais !
10. Angles d’attaque de Pete Travis : Une sous série télé cousue de fil blanc.
11. Phénomènes de M. Night Shyamalan: Je n’attends plus rien de Shyamalan. Et ça c’est vraiment triste !
12. Quantum of solace de Marc Forster : Un James Bond réalisé par Zatoïchi et écrit par Dumb et Dumber.
13. Hancock de Peter Berg : L’archétype même du bon pitch pas exploité. Le climax est une honte.
14. Wanted de Timur Bekmambetov: Puant mais assez extrême dans son aspect nanar bordélique. Un plaisir coupable !
15. Détention secrète de Gavin Hood : Consensuel et insignifiant, le film échoue à exploiter une construction scénaristique assez audacieuse.
16. Lions et agneaux de Robert Redford : Un film pédagogue, mou, bavard et donc très chiant !
17. Les seigneurs de la mer de Rob Stewart : Un sujet intéressant gâché par l’approche narcissique de son réal tête de nœud.
18. Maradona par Kusturica d'Emir Kusturica: Un documentaire réussissant l’exploit de rendre antipathique, à la fois, son sujet et son réal.
19. Martyrs de Pascal Laugier: L’exemple type de la grenouille qui voulait se prendre pour un bœuf. Très prétentieux.
20. Babylon AD de Matthieu Kassovitz : Un grand ratage. Il faut, maintenant, juste espérer que Kassovitz parviendra à rebondir.
21. La momie 3 de Rob Cohen: Très beauf et très con, visuellement  laid et filmé n’importe comment. Toutefois, le film est parfois drôle. Le combat Yeoh/ Li est une honte.
22. All the boys love Mandy Lane de Jonathan Levine: Un film prétentieux bien moins malin que ce qu’il veut bien nous faire croire.
23. Star wars: The clone wars de Dave Filoni : L’oncle gay de Jabba the Hutt… Et là tout est dit !
24. Hitman de Xavier Gens : Le hitman y est aussi subtil que John Matrix dans ses mauvais jours ( ça la fout mal pour un tueur soit disant insaisissable et invisible ), le scénario s’égare dans tous les sens pour ne rien raconter et ,en plus, on s’ennuie le plus souvent.
25. Missing de Tsui Hark:  Un sous frère Pang, doublé d’un remake mièvre du Sous le sable de Ozon, signé par Tsui Hark. Non c’est pas possible. Rassurez moi c’est un pseudo hein ? !

Bonus :

Urban justice de Don E. Faunt Le Roy : Un des derniers direct to dvd de Saumon agile ( enfin il en tourné 7 depuis ! ). Résultat un revigorant nanar où notre panda chanteur de country préféré balance des punchlines moisis, fais le kéké sans sourciller et casse des bras avec bonne humeur . Du Seagal bovin et bourrin où il tape la tchatche avec le burné Danny Trejo ? J'adore !

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La forêt des enfants perdus  posté le samedi 11 octobre 2008 01:50

Attention spoilers !!!

En 2004, j'avais déjà été très agréablement surpris par Calvaire, drame horrifique belge surprenant, choquant et émouvant ( Jackie Berroyer y faisait montre d'un talent incroyable ). Je me jurais alors que je suivrai attentivement la carrière de Fabrice du Welz, le petit prodige à l'origine de ce bijou.

Et donc je sors tout juste de la vision de son deuxième long-métrage : Vinyan. Et dire que ce film confirme tout le bien que je pensais du sire Du Welz est un euphémisme.

L'histoire : Au cours d'une soirée de charité organisée à Phuket, dans le sud de la Thaïlande, une mère endeuillée par la perte de son enfant, durant le tsunami de 2004, croit le reconnaître sur une bande vidéo tournée en Birmanie. Elle décide de s'y rendre, avec son mari, pour le retrouver. Pour cela, elle loue les services d'un inquiétant chef de la pègre.

C'est un film assez difficile il faut le reconnaître. Le rythme est incroyablement lent et le scénario est avare en " péripéties ". C'est de plus une oeuvre " désagréable " dans le sens où le réalisateur ne cherche jamais, de la première à la dernière minute, à égayer son propos, à montrer ne serait-ce qu'une étincelle de lumière au sein des ténèbres. Les relations humaines y sont décrites sous le signe de la douleur, de la folie, de la frustration, de la traîtrise, de la violence et de presque tous les autres vices humains. Une vision totalement desespérée et glaçante de l'être humain.

Mais le mérite de Du Welz est d'aller bien au-delà de la simple misantrophie. Il délaisse le cynisme branchouille apte à choquer les spectateurs en quête de sensations fortes et préfère plonger au coeur de l'âme humaine. Dans ce qu'elle a de plus noir.

Vinyan est un joyau sombre, un poème du cauchemar, la continuité de ces oeuvres qui des peintures de Goya ou Füssling à certains poèmes de Baudelaire auscultèrent et révélèrent la beauté, la pureté du mal. Dans le film de Du Welz, les repères moraux s'effacent sous les coups de burins portés par l'instauration minutieuse d'une ambiance mortifère et pourtant fascinante. La déliquescence des personnages et du monde qui les entourent ( le décor est peu à peu submergé sous la boue, la vase et les arbres morts ) n'est que la conséquence d'une civilisation viciée ( la plongée, au début, dans l'enfer des bordels glauques de Phuket ). Une déliquescence mue par une puissance primitive, celle qui habite l'homme depuis le début de son histoire. Le couple chemine ainsi vers les zones les plus sombres de l'humanité, celle d'un passé pré-néandertalien où l'être humain est l'égal d'un loup. Vynian conte un voyage au-delà de la mort,narre la poursuite d'un fantôme. Voyage vers la mort qui se confond avec la quête des origines. Deux quêtes dont le lien sont la boue, la terre.

 Les cadavres reposent ainsi au sein du sol alors que les hommes des origines vivaient dans les grottes. Le mystère de la mort ( encore plus fort ici puisque l'on recherche la trace d'un enfant dont on ne sait si il est encore vivant ) s'accompagne des réminiscences d'une ère sauvage et cruelle.

Le personnage de Emmanuelle Béart est l'incarnation même de ces réminiscences. A la fin, elle devient une " Madone " primitive. Nue et peinturlurée de boue ( toujours ce lien de la terre... ), superbe et imposante, elle renvoie une image presque " préhistorique "de la maternité où la femme est la " déesse mère " adorée pour sa fertilité. Une déesse mère tirant l'humanité de la boue et de l'argile justement ( on peut penser à la déesse chinoise Nu Güa ). Une divinité terrible, aussi, à laquelle on sacrifie des êtres afin de perpétuer le cycle de la vie ( l'éternelle dualité entre Shri la déesse-mère aimante et Kali la sanglante en sorte ). Ainsi, il est possible de voir la mort atroce de Rufus Sewell comme une offrande des enfants à leur nouvelle déesse.

En tant qu'être divin, la jeune femme incarnée par Béar appartient à son peuple d'adorateurs ( on peut aussi penser au personnage de Belen Rueba s'occupant des enfants perdus pour l'éternité dans le très beau L'orphelinat ). Son " moi " ne compte plus car sans eux elle n'existe plus. Tel est le cas de tous les dieux dont l'existence ne dépend que de la foi ( situation que Terry Pratchett traita avec brio dans le génial Les petits dieux ).

Aussi, la superbe image finale peut être vue comme une forme d ' " Eucharistie ". La " mère " s'offre à ses fidèles afin de consolider leur communion avec elle même. Du Welz montre la facette sombre, voire sanglante et sexuelle, du Sacré. Evidemment ça peut faire grincer des dents.

De plus, cette maternité montrée à la fin est clairement dérangeante. Ambigüe, exclusive et même pathologique, elle a de quoi donner des frissons. On aborde des territoires qui vont bien au delà du deuil rejeté. Il y a un côté animal dans l'attitude maternelle de Béart durant le climax. Ainsi la mère, éperdue de douleur mais aussi pour protéger ses nouveaux " petits ", finit par n'obéir qu'à sa folie ( si ce n'est un instinct maternel poussé à son paroxysme ) quitte à plonger dans l'irrationalité.

Vinyan est donc un film foncièrement pessimiste quand à la nature même de l'Homme. L'humanité telle qu'elle était à l'origine, telle qu'elle est montrée dans toute sa " pureté " est mauvaise. L'innocence des enfants ( leurs rires, leurs jeux ) est celle du mal. Et c'est effrayant. Du Welz a bien retenu la leçon de La tour d'écrou de Henry James. On est, par contre, bien loin de la théorie chère aux rousseauistes selon laquelle l'Homme est " bon " par nature.Dans Vinyan, ce qui rend d'ailleurs l'oeuvre plus inquiétante encore, la nature des enfants et du mal qui les habite reste mystérieuses. Sont-ce des fantômes ? Sont-ce des rescapés ayant créé une infantile mais meurtrière société tribale ( comme dans La majesté des mouches de William Golding ) ? Sont-ce des enfants décidés à " purifier " le monde de la civilisation trompeuse et viciée des adultes ( tel que c'était déjà le cas dans Quien puede a matar un nino ? de Serrador ). Surement tout cela à la fois. On peut remarquer que tous les enfants rencontrés dans le film, et donc bien avant de trouver la tribu au coeur de la jungle, sont inquiétants, fantômatiques ou cruels. Comme si le monde en son entier sombrait dans la folie. En tout cas, Du Welz traite des éléments surnaturels avec finesse en ne s'interrogeant jamais sur leur réalité ou non et montre, ainsi, sa compréhension de la culture sud-est asiatique où les esprits sont considérés comme une réalité tangible.

 Ce cheminement vers les ténèbres et le coeur de l'âme humaine ( deux notions étroitement imbriquées... La noirceur de nos cauchemars ne naît-elle pas de notre inconscient ? ) s'accompagne d'un voyage dans la jungle. Fertile et vivante, exubérante et bruyante, la jungle est aussi un lieu sombre, étouffant, oppressant et cruel. Belle et effrayante, la forêt tropicale est à l'image de cette quête où l'Homme se débarrasse des oripeaux de la civilisation pour revenir à sa nature la plus profonde : celle d'une bête instintive luttant pour sa survie. Car la jungle avale, dévore les réalisations humaines. Les ruines où se réfugient les enfants dans le film en est un parfait exemple. Ce n'est qu'un dérisoire vestige soulignant la faiblesse, et la mortalité, de l'être humaine. Ce n'en souligne que d'avantage l'inhumanité de la tribu. Car, dans de tels lieux, l'Homme n'est pas à sa place.

Vinyan s'inscrit ainsi dans la glorieuse lignée d'oeuvres traitant d'une thématique semblable : Predator de Mc Tiernan, Tropical malady de Weerasethakul et évidemment Apocalypse now de Coppola ( et bien sur Au coeur des ténèbres de Conrad dont le chef d'oeuvre de Francis Ford fut adapté ). Je ne compte pas l'excellent Apocalypto de Gibson car le message y est inversé ( ici la jungle est un " eden " s'opposant aux vices et à la décadence des civilisations urbaines ). Mais pour revenir à Apocalypse now, il est possible de trouver de nombreuses résonances de cette oeuvre dans Vinyan. La quête de Béart et Sewell évoque Willard traquant Kurtz. Et puis on y trouve une même montée graduelle dans l'horreur jusqu'à de semblables ruines abritant un peuple primitif, en dehors du temps, prêt à adorer une divinité païenne et terrible. Même la fin où l'être humain cède à ses pulsions les plus sombres peut évoquer la palme d'or de 1979.

Heureusement, si le film est thématiquement passionnant, la réalisation n'est pas en reste. Dès le générique, où se mêlent sang et eau de mer ( échos morbides du terrible tsunami de 2004 ), on sait que ce sera du travail d'orfèvre. Et la suite, épaulée par la très belle photographie de Benoît Debie, ne déçoit pas. Il y a des plans sublimes ( les enfants s'avançant lentement vers Sewell ) dont certains frôlent l'expérimentation à la Wong Kar Waï ( les rêves de Béart ). Tout cela achève de rendre Vinyan absolument fascinant. En tout cas cette oeuvre trottera longtemps dans ma tête.

 

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La confession d'un géant  posté le vendredi 26 septembre 2008 21:23

Dans la continuité de mon article sur Walk the line, je vais proposer un clip : Hurt interprété par Johnny Cash. A l'origine Hurt fut joué, en 1994, par le groupe Nine Inch Nails et composé par son leader, le génial Trent Reznor, pour l'album The downward spiral.

Pourtant, Johnny Cash la reprit sublimement, en 2002, dans The man comes around, un de ses derniers albums ( avec Unearthed ou l'anthologie gospel My Mother's hymn book ). On pourrait quasiment considérer The man comes around comme le testament artisitique de cet immense bonhomme. Sombre et crépusculaire, Cash semble revisiter avec émotion et lucidité, par le biais de cet opus, sa vie on ne peut plus tourmentée.

Hurt sonne alors on ne peut plus étrangement. Composé par un autre, et pour un disque différent, le titre apparait pourtant comme une confession de l'homme en noir. La confession d'un vieux sage, au seuil de sa vie, revenant sur une existence d'autodestruction. Hurt est une chanson désenchantée, " à fleur de peau " qui se devait de figurer au répertoire de Cash.

En plus du clip, je vous propose les lyrics de la chanson. Lisez les et l'évidence du choix de cette oeuvre par Cash semble d'autant plus évident.

Hurt :

I hurt myself today
To see if I still feel
I focus on the pain
The only thing that's real
The needle tears a hole
The old familiar sting
Try to kill it all away
But I remember everything

What have I become?
My sweetest friend
Everyone I know
Goes away in the end
You could have it all
My empire of dirt
I will let you down
I will make you hurt

I wear this crown of shit
Upon my liar's chair
Full of broken thoughts
I cannot repair
Beneath the stains of time
The feelings disappear
You are someone else
I am still right here

What have I become?
My sweetest friend
Everyone I know
Goes away in the end

You could have it all
My empire of dirt
I will let you down
I will make you hurt
If I could start again
A million miles away
I would keep myself
I would find a way

 

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Gone with the rock  posté le mardi 23 septembre 2008 21:04

 James Mangold est un solide artisan mais un réalisateur hélas sous estimé. Pourtant rares sont les réalisant sachant, aussi bien, manier le cinéma populaire ( dans le sens le plus noble du terme ) et l'intimisme. C'est aussi un très bon directeur d'acteur ( comment ne pas penser à la superbe prestation de Stallone dans Copland ). D'ailleurs il n'est pas étonnant qu'il est tourné avec certain des meilleurs acteurs de leur génération ( par exemple Russell Crowe, Christian Bale et Ben Foster dans le très beau 3H10 pour Yuma )et ce durant  un laps de temps, finalement, assez court.

Et donc, je viens de voir son oeuvre la plus célèbre : Walk the line. Biopic consacré au grand Johnny Cash, le film avait de grandes chances de me plaire ( j'adore ce chanteur ! ). Et fort heureusement c'est tout à fait le cas.

Le film commence dans l'immensité des champs du Middle west. Une vision d' "Americana" qui évoque le John Ford des Raisins de la colère ( même bucolisme, même regard porté sans complaisance sur une Amérique paysanne, blanche et pauvre ). En somme, une introduction qui laisse augurer du meilleur. On suit Cash enfant découvrant la musique par le gospel que ne cesse de chantonner sa mère. On découvre aussi les blessures qui feront de lui un éternel écorché vif.

Et puis arrive le grand musicien qui deviendra la première rockstar ( et oui il précéda même le King Elvis ). Naissance que sublime Mangold durant la très belle scène où Cash enregistre son plus grand classique : Folsom prison blues. Le film  ainsi nous ballade ( comme si de rien n'était en plus ) au coeur même de la légende du rock : Elvis Presley chantant That's all right mama pour la première devant un public conquis, June Carter composant le mythique Ring of fire et bien sûr le live de l'homme en noir à la prison de Folsom. Et ce sans oublier les apparitions de Jerry Lee Lewis.

Le film constitue ainsi un plaisir pour les cages à miel, alignant les standarts les plus entraînants. Et puis comment ne pas louer l'impressionnante prestation de tous les acteurs qui donnent de la voix et donc d'eux même. Lorsque Joaquin Phoenix se met à chanter on dirait Cash lui même. C'est impressionnant. De même, Resse Witherspoon y fait preuve d'un certain talent vocal.

Mais au dela du chant, tous les acteurs, du premier au second rôle, semblent littéralement investir leurs personnages ( il est vrai très bien écrits ). Ainsi, Tyler Hilton est un Elvis plus vrai que nature, reproduisant à merveille sa célèbre moue boudeuse. Ce vieux briscard de Robert Patrick ( le T-1000 de Terminator 2 ) est très bon dans le rôle du père rigide de Cash. Mais surtout Phoenix confirme qu'il est un des meilleurs acteurs en activité. Il est Cash dans toute dans sa splendeur ou sa décadence. Il est, d'une scène à l'autre, charismatique et pathétique, romantique et colérique, superstar et paumé intégral, génie et looser. Il est, le plus souvent, tout cela à la fois. Il nous émeut et nous met en colère ce grand amoureux, un peu fleur bleue, écorché vif se brûlant à l'alcool et aux amphets.

Et puis il y a Resse Whiterspoon. Formidable Whiterspoon qui trouve aussi son plus beau rôle, celui de June Carter, l'âme soeur de l'homme en noir. Quel personnage que la petite Carter. Une jeune femme menue débordante d'énergie et de vie. Mais aussi un être complexe cachant ses blessures ( son divorce mal accepté par l'Amérique puritaine, sa certitude de ne pas savoir chanter suffisamment bien ), un être de lumière qui sauvera, par la seule force de sa détermination inflexible, l'homme qu'elle aime de l'enfer dans lequel il c'est enfoncé.

Sur la base d'un tel personnage, Witherspoon se révèle époustoufflante de justesse. Elle chante, danse, rit, blague puis soudainement passe à la fureur, l'anxiété ou la tristesse. Elle fait preuve, à la fois, d'une retenue et d'une vitalité ( pas facile à gérer comme paradoxe ) qui force le respect. En tout cas cela lui permit de récolter un oscar - très - amplement mérité.

Mais le talent des comédiens est aidé par la qualité d'écriture  du scénario et - surtout - par la subtilité dont il fait preuve. Jamais le film n'appuie ostensiblement les informations qu'il nous délivre. Ce qui est dit une fois est considéré comme acquis pour le spectateur. Pas besoin d'y revenir. C'est suffisamment rare, aujourd'hui, dans le cinéma hollywoodien ( où l'on surligne tout au stabilo bien fluo ) pour que ce soit dit.

Preuve de la finesse du scénario : Alors que June Carter semble sécher sur la suite de son morceau Ring of fire, on voit Cash revenir du Mexique. Scène toute simple qui annonce la tonalité mariachi de la chanson.

En tout cas Walk the line est surtout un des plus beaux films romantiques de ces dernières années.

En bonus : La scène de l'enregistrement de Folsom prison blues ( une des plus belles chansons du répertoire américain à mon humble avis ).

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La pêche aux perles  posté le lundi 22 septembre 2008 22:17

Il y a des fois, lorsque l'on est passionné de cinéma, où l'on tombe, au cours d'une séance dans une petite salle miteuse, sur un film qui se révèle être une perle, un petit bijou que presque personne n'a remarqué.

Le long métrage d'animation japonais Un été avec Coo fait indéniablement parti du lot. Réalisé par Keiichi Hara, l'oeuvre conte l'aventure d'un kappa ( créature aquatique du folklore nippon ) recueilli par une famille tokyoïte.

A vrai dire je n'avais jamais entendu parler de ce film avant d'en voir une publicité à l'intérieur du DVD du très sympathique Brave story. Cette pub me mis la puce à l'oreille en raison des commentaires élogieux y figurant et signés par Mamoru Hosoda ( réalisateur du génial La traversée du temps ) et, surtout, par le vétéran Isao Takahata ( génie à l'origine du Tombeau des lucioles, Kié la petite peste, Mes voisins les Yamada, Horus ou Pompoko ). Un adoubement fort alléchant en somme. De plus, le film venait tout juste de sortir dans les salles hexagonales.

Par chance, habitant Paris ( hélas le film n'a que très peu de copie ), je pus me rendre à l'UGC Orient Express des Halles afin de visionner la chose. Et bien m'en prit. J'en ressortis avec l'impression d'avoir exhumer un trésor.

Tout d'abord, au delà de l'hommage du vieux maître, la filiation avec Takahata senseï est évidente. On y trouve cette même approche d'un Japon moderne oubliant ses racines, d'une urbanisation se faisant au détriment de la nature. Puis on a une vision, toute en douceur et harmonie, de la campagne nipponne qui évoque irrésistiblement la quiétude d'un Omohide poro poro ( un des chefs d'oeuvre de Takahata ), sa langueur ensoleillée qui nous saisit comme si l'on flânait nous même dans ces paysages enchanteurs ( et pourtant si vrais, si réalistes ). On peut aussi penser au sublime Mon voisin Totoro qui faisait, aussi, un Eden des paysages les plus simples.

D'ailleurs l'ombre de Miyazaki plane elle aussi en permanence. La poésie tendre des décors urbains, à la frontière des champs et de la mégalopole, peuvent, notamment, faire penser au Mimi o sumaseba du regretté Yoshifumi Kondo ( et très étroitement supervisé par Miyazaki himself ). D'ailleurs, tout comme dans le chef d'oeuvre de Kondo, on ressort de Un été avec Coo le coeur à la fois léger et mélancolique.

Il faut dire que les japonais n'ont pas leur pareil pour sublimer l'enfance, la beauté du temps qui passe ou la délicate poésie du quotidien. Et Hara a le souci du détail, à priori banal, qui renforce l'impact émotionnel de son oeuvre. Il sait aussi faire preuve d'une subtilité et d'une pudeur toute à son honneur ( voir le traitement, en retenu, qu'il accorde à la jeune fille amoureuse du héros ).

Alors on verse quelques larmes, on rit jusqu'à la fin d'une rare sérénité ( qui évoque, d'ailleurs, Pompoko la superbe fresque écolo-épique de Takahata ) . Mais pourtant notre coeur est serré. C'est juste, et tout simplement, beau. Il faut dire que le film soigne ses personnages et parvient à nous proposer une famille attachante ( et très loin d'être parfaite pourtant ). Et donc on marche, on court même, à fond !

Alors, évidemment, il y a des défauts ( animation un peu grossière, rendu de l'eau pas toujours terrible, satire assez pataude des médias ) mais,bon ,s'y arrêter serait chipoter ( en tout cas à mon humble avis ).

Finalement je n'ai pas envie d'en dire plus. Je préfère vous laisser le soin de découvrir par vous même ce  petit trésor.

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