La 10ème merveille du monde !  posté le dimanche 10 mai 2009 15:20

Même si il est sorti depuis plusieurs semaines déjà, je ne pouvais ignorer Ponyo. Comme vous l'avez peut être déjà remarqué, j'aime beaucoup l'oeuvre de ce grand monsieur qu'est Hayao Miyazaki.

Autant le dire tout de suite, Ponyo n'a rien à rougir de la comparaison avec les autres chefs d'oeuvre du génie nippon.

Dès le départ, Miyazaki nous plonge dans un monde sous marin merveilleux et fourmillant. La beauté des couleurs, la pureté des dessins frappent d'emblée le spectateur et ce d'autant plus que le réalisateur radicalise son parti pris pictural en recourant à des décors pastels qui donnent à l'oeuvre un cachet poétique particulier entre impressionisme et dessins d'enfants ( le très beau générique d'ouverture en est d'ailleurs la parfaite profession de foi ).

L'image et son impact ont ici une réelle importance car ils sont les véritables vecteurs narratifs. C'est surtout par eux que le réalisateur raconte son histoire. Au sommet de son art, Miyazaki tend à épurer le dialogue et le scénario pour ne conserver que la force de l'image.

De fait, dans Ponyo, l'histoire n'est qu'un canevas, presque un pretexte à une foisonnante expression picturale. Ainsi la résolution finale des enjeux narratifs peut sembler décevante. Le scénario paraît même bâclé. Mais ce serait oublier que l'essentiel a déjà été exprimé visuellement. Et on peut alors se rendre compte d'une véritable densité thématique proche des interrogations précédentes de Miyazaki : cohabitation difficile entre l'homme et la nature, retour à un âge primitif plus harmonieux ( référence à une pureté préhistorique de l'eau, apparition de créatures marines ancestrales semblables au coelacanthe ), découverte d'un monde nouveau par un élément étranger ( ici Ponyo ), croyances animistes ( la mère de Ponyo est clairement une déïté dont la fonction première est l'anthropophormisation de l'océan ) ou encore description d'une société matriarcale ( le héros est élevé par sa jeune mère, la divinté maritime est une reine et non un homme - Poséïdon - comme on le représente classiquement ).

Mais on trouve aussi un thème plus profond c'est à dire celui de l'eau comme " matrice ". Souvent l'eau, chez le maître, se voit conférer une symbolique édénique : protectrice des ruines sublimes de la principauté de Cagliostro ; mer Egée symbolisant la mélancolie et les doux souvenirs entre deux atroces guerres mondiales dans Porco rosso ou encore la forêt à demi immergée dans laquelle demeure le Dieu-cerf de Princesse Mononoké ( la définition même, donc, du paradis ). On retrouve cette dimension dans Ponyo, mais l'eau y est aussi décrite comme source première de vie ( c'était déjà le cas dans Princesse Mononoké ).

Dans Ponyo, le magicien nous parle de la pureté des abysses car elles sont les eaux primordiales, celles desquelles sont nées la vie. D'ailleurs, souillée par la pollution ( les littoraux du film ne sont pas des plus propres ), la mer originelle sera tentée de redevenir un" jardin d'Eden" en chassant l'Homme, éternel pêcheur . Après le faustien Le château ambulant, on retrouve encore la fascination de Miyazaki pour une certaine morale judéo-chrétienne. Fascination d'autant plus évidente que Miyazaki réutilise le mythe biblique du déluge. Mythe inversé, toutefois, puisque si les eaux recouvrent le monde des hommes, elles libèrent, par la même occasion, un foisonnant monde animal.

Cependant l'eau est aussi la "mère" . Elle est symbolisée par la reine, mère de Ponyo ( et de ses innombrables soeurs ) mais aussi souveraine et protectrice des créatures aquatiques. A la fin, elle devient aussi la protectrice des humains ( mais non la suzeraine ) et donc de l'ensemble des créatures terrestres ( la bulle sous marine protégeant la maison de retraite ). La reine ( et l'océan) devient alors un élément bienfaiteur lié à la naissance ce que souligne, dans le film, le retour à la motricité, et par là à la jeunesse, des pensionnaires âgées de la maison de retraite. On peut d'ailleurs y retrouver un symbole évoquant la vie sortant du coeur de la mer pour arpenter la terre sur ses jambes ( ou pattes ) nouvelles. Miyazaki revient, alors, en toute simplicité aux origines même du monde.

Elément premier et créateur de vie, l'océan est aussi une puissance effrayante pouvant balayer le monde de la terre ferme. Miyazaki recoure alors à des images superbes et terribles. C'est évidemment le raz de marée gigantesque attirant à lui les navires. Mais c'est surtout la course poursuite ébouriffante où la voiture tente d'échapper aux vagues ( animalisées en poissons immenses perpétuant ainsi une représentation animiste des éléments ) sur lesquelles courent Ponyo. Scène superbe d'ailleurs où la musique et son rythme, reprise décalée de La chevauchée des Walkyries de Wagner, se marient en une symbiose parfaite avec les images. Ainsi, la vision de Ponyo se transformant en humaine, sur le thème composé par Joe Hisaishi, tout en étant transportée par la vague de ses soeurs se transformant en poissons géants me fit penser, dans la puissance brut de sa poésie, aux meilleures séquences du Fantasia de Walt Disney ( modèle du genre en ce qui concerne la corrélation étroite entre musique et image animées ).

Ces scènes spectacualires aboutissent évidemment à une apocalypse. Miyazaki surprend alors le spectateur en nous décrivant un armaggedon calme, doux et contemplatif. C'est peut être le meilleur moment du film où le réalisateur nous propose une ballade bucolique et onirique, dans un paysage submergé ( Le chateau de Cagliostro, déjà, nous montrait  l'inondation comme un spectacle sublime ), évoquant une version longue de la superbe séquence du train dans Le voyage de Chihiro.

Miyazaki nous convie donc à une fin du monde à moitié consommée seulement et prétexte à laisser éclater l'imagination enfantine ( le bateau menant les deux héros ) et ce malgré les lourdes ombres pesant sur eux. Déjà, dans Mon voisin Totoro, l'émerveillement propre à l'enfance permettait ,momentanément, de chasser l'angoisse d'un futur incertain. D'ailleurs Ponyo est un personnage assez proche de celui de Meï. Finalement on ne peut qu'applaudir l'espièglerie et la vitalité qui baignent cette oeuvre du presque octogénaire Miyazaki.

De fait, loin d'être pessimiste et misanthrope, Ponyo est une oeuvre optimiste et humaniste criant sa croyance en la bonté de l'Homme, débordante d'amour pour ses personnages ( quelle belle scène que celle où le père communique, en morse, avec sa famille ). C'est aussi un film à la morale presque taoïste, rêvant d'un équilibre possible entre l'homme et la nature, entre la terre et la mer. Cela est tout d'abord retranscrit par le pacte passé entre les représentants des deux mondes ( la jeune mère et la reine des océans ). Mais surtout l'harmonie finale, l'équilibre ultime provient finalement du chaos c'est à dire de Ponyo. Créature marine rêvant de devenir humaine par amour- le long métrage est clairement une reprise de La petite sirène de Andersen- Ponyo provoque la rupture de l'équilibre , et donc un cataclysme, par son désir. Toutefois, la réalisation de son amour parvient finalement à créer l'harmonie parfaite ( et elle apprend à devenir humaine en comprenant que l'accouplissement des désirs personnels ne peut primer sur les besoins et les nécessités collectives ).

Ainsi le plan final délicieusement espiègle n'est-il que l'expression de la croyance d'un vieux sage en un monde meilleur.

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La nouvelle bombe coréenne !  posté le jeudi 19 mars 2009 16:13

Hier, le film coréen The chaser de Na Hong Jin est sorti en salle. Voici le pitch a priori assez simple : Un ancien ripou devenu proxénète voit ses " filles " disparaître les unes après les autres car elles sont toutes victimes d'un sérial killer.

Je n'en dirai pas plus afin de préserver la surprise intacte. Car ce film est une claque mais alors une claque monumentale !

The chaser est un premier film et déjà, devant la maîtrise aussi bien formelle que scénaristique de l'oeuvre, ça laisse pantois !

De fait ma critique sera brève car, avant toutes choses, il faut découvrir ce joyau !

Je pourrai juste dire que, comme c'est le cas de beaucoup des grands films coréens, Na Hong Jin réussit un parfait mélange de tons. Ainsi dans ce long métrage cohabitent, harmonieusement, aussi bien l’humour et l’horreur, le sordide et le léger,… Ainsi des scènes vraiment dures n’empêchent pas un ton plus humoristique que ce soit dans le comportement du héros ou lorsqu’il s’agit de brocarder l’immobilisme et la sclérose d’une institution policière bureaucratique, hypocrite et querelleuse. On pense alors, souvent, au Bong Joon Ho de Memories of murder ( et c’est pas un mince compliment ! ).

Dès le départ, le jeune réalisateur parvient à instaurer une tension palpable et étouffante ( voir la scène éprouvante où le tueur tente de massacrer la prostituée à l'aide d'un ciseau à pierre ). Une tension qui va crescendo lorsque Na Hong Jin tente ( et y parvient ) de croiser plusieurs courses à la montre qui maintiennent toujours éveillées l’attention du spectateur.

A côté de cela, le film nous propose des personnages vraiment intéressants. Que ce soit le proxénète, héros brutal, obstiné et vindicatif qui se découvre une part d’humanité, ou le tueur qui au départ paraît presque faible et pathétique ( voir sympathique ) avant une dernière partie pessimiste et oppressante où il nous montre toute sa monstruosité et sa noirceur.

Le dernier tiers est d’ailleurs réellement dur et amère. Même la douce image de la fin ne fait que renforcer le sentiment de tristesse profonde qui s’impose.

Enfin il y aurait plein d’autres choses à dire. Il faudrait revenir sur des scènes vraiment belles et subtiles (notamment une séquence avec la petite fille de la prostituée), sur la poésie morbide de certaines images, sur la réussite avec laquelle le réalisateur parvient à donner une âme, tourmentée,  à Séoul ( entre Bas fonds sordides, Buildings modernes et vieille ville aux rues tortueuses ), ect...

Bref ce film est une réussite totale ! Une vraie baffe à ranger aux côtés des Memories of murder, The host, A bittersweet life, Taegukji, Printemps, été, automne, hiver et… printemps, Old boy et autres Simpathy for Mr  Vengeance … Tous ces films qui m’ont fait aimer le cinoche coréen.

Et puis c’est pas tous les jours qu’on a l’impression de découvrir un génie. Car ,franchement, je pense que le père Na Hong Jin on va réentendre parler !

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Les premiers pas d'un génie !  posté le lundi 16 mars 2009 21:07

Alors aujourd'hui on fait du neuf avec du vieux. En bon monomaniaque que je suis, la texte qui va suivre concernait évidemment Miyazaki. C'était un avis portant sur son premier long métrage : Le chateau de Cagliostro.  Cette critique, datant de 2002 , vous paraitra surement maladroite. Je l'ai d'ailleurs légèrement retouchée. Veuillez m'en excuser.

Lupin III est le premier film de Miyazaki mais aussi peut être son seul film mineur à ce jour .Tout y est moins ambitieux et poétiquement fort que dans ses oeuvres postérieures. Pour autant c'est loin d'être un mauvais film (ni même un film de qualité moyenne ).

C'est tout d'abord une véritable perle du " caper movie " ( dont le plus illustre représentant est La main au collet d'Alfred Hitchcock),tout en étant un des actionners les plus "cool" de ces 30 dernières années ( aidé en cela par la partition "easy listening" de Yuji Ohno ).

Ce long métrage révèle de plus le génie du réalisateur dans les scènes de courses-poursuites avec une séquence particulièrement anthologique où le héros secoure une jeune fille évanouie à son volant et poursuivie par une bande de miliciens (sa maestria dans ce domaine atteindra son apogée avec Laputa et Porco Rosso ).Mais réduire ce génie à cette seule scène serait une erreur tant, dès qu'il s'agit d'action, son aisance est remarquable. Ainsi la limpidité de ces passages est exemplaire, il ya un véritable fourmillement d'idée et un tempo trépidant (hérité des programmes animés sur lesquels Miyazaki a travaillé ,dont la série Lupin ) tout en alternant comédie, tragédie et parfois lyrisme ( avec notamment la poursuite finale dans un donjon renvoyant à la littérature d'aventure française de la fin XIX et début XX°comme Les 3 mousquetaires de Dumas et évidemment  Arsène Lupin de Maurice Leblanc).

Les personnages sont quant à eux assez bien travaillé sans pour autant atteindre la complexité de Princesse Mononoké par exemple. Mais ils méritent quand même que l'on s'attarde sur eux .Le héros Lupin est le prototype même du héros post 60's cool, insouciant, roublard, séducteur, malhonnête , cynique, mystérieux et dangereux (en gros James Bond et certains personnages de Steve Mc Queen).Pourtant celui ci brisera peu à peu sa carapace pour révéler un personnage pudique , sensible, triste et furieusement romantique dans sa scène d'adieu à la douce Princesse Clarisse. Il est ici le digne succeseur de son ancêtre Arsène. Il est l'incarnation parfaite du gentleman cambrioleur, le parfait contraire du tueur froid que peut être Bond sous son allure de dandy ( donc pas le Bond de Au service secret de sa majesté ).

Lupin n'est par contre pas le seul personnage multi-dimensionnel du métrage .Ainsi on retiendra le personnage de l'inspecteur Zénigata, limier inlassable et obstiné traquant sans relâche Lupin. A première vue Zénigata est un bouffon vociférant plus proche de De Funès dans la série des Fantômas (autre grand héros de "Caper Movie") que de Javert.

Pourtant peu à peu l'on s'aperçoit qu'il admire Lupin et que sa vie s'articule autour de cette traque .Il ne pourrait véritablement arrêter Lupin sous peur de réduire à néant sa propre vie. Il partage alors la tragédie de Javert se suicidant à la mort de Valjean,à jamais tiraillé par son obsession .

Puis il y a princesse Clarisse , archétype miyazakien du personnage féminin (notamment Nausicaa et San),c'est à dire forte ,romantique, jeune, quasi-tragique ,aimant son prochain jusqu'au sacrifice .

Enfin l'on trouve le comte Cagliostro seul personnage fondamentalement mauvais voir cruel de Miyazaki avec le bad-guy de Laputa.

On ne touchera que quelques mots des personnages secondaires qui sont particulièrement croustillants comme le roublard et bagarreur Jigen,le taciturne samouraï Goemon et Ryuko véritable pendant féminin en treillis de Lupin totalement dénuée de complexe(bien que l'on soupçonne un chagrin d'amour dont Lupin serait, vraisemblablement, le responsable ).

Mais le plus important reste évidemment les prémices du style miyazakien outre les poursuites palpitantes et le personnage de Princesse Clarisse avec son rôle à la fois fragile et fort toisant de loin des hommes généralement bêtess, violents, lâches, naïfs et cruels(rejoignant ainsi un autre génie asiatique Tsui Hark).

On retrouve ainsi les paysages germano-médittéranéens de Porco Rosso et Kiki's Delivery Service dans une démarcation évidente du Liechenstein et de la riviera. Une passion pour l'Europe que l'on retrouve dans le design des véhicules ( notamment la deuche qui est l'automobile préférée de Miyazaki, et sert ici de véhicule d'évasion à la princesse).Outre ce design d'engignerie commun à de nombreux Miyazaki ( Porco rosso et Laputa) , on retrouve les machineries jules verniennes chères au réalisateur ( l'horloge) et des machines volantes  assez particulières ( mais plus dans une  tendance moderne version Nausicaa que le style avions pionniers de Kiki , Laputa et dans une moindre mesure Porco Rosso).

Par contre le message écologique généralement délivré par le réalisateur est ici d'une grande discrétion malgré une séquence sublime où la rivière délivrée des barrières érigées par l'homme (et suprême ironie grâce à ce dernier) inonde la vallée ,et créé un lac gigantesque, faisant ainsi une île de la principauté de Cagliostro. Témoignage la toute puissance de mère nature qui finit toujours par reprendre ses droits.

Cependant on retrouve une autre variante de ce thème cher au maître, c'est à dire l'inquiétude de perdre à jamais des parts importantes de notre patrimoine culturel ou écologique ( ce sont les principales thématiques de Princesse Mononoké et du Voyage de Chihiro ) .Cela se traduit dans le film par le trésor après lequel courent le comte et Lupin , et qui se révèlera être une gigantesque et magnifique cité romaine engloutie ( cela sera partiellement repris dans Laputa ).

Doté d'une animation éblouissante pour un film de 1978 , Lupin III est, ainsi, l'esquisse essentielle pour la compréhension totale des toiles de maître à venir.

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Tintin en Angola  posté le dimanche 15 mars 2009 11:00

Alors je vais profiter de ce sujet pour vanter les mérites d'une sympathique comédie d'Ettore Scola : Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique ?

L'histoire : Un riche éditeur ( Alberto Sordi ) s'ennuie dans sa vie mondaine et bourgeoise. Il décide alors de retrouver son beau-frère ( Nino Manfredi ) disparu depuis plusiseurs mois en Angola. Et c'est parti pour l'aventure en compagnie d'un pauvre comptable blasé ( Bernard Blier ).

Ce film réjouissant aurait pu être retitré Tintin en Angola tant sa structure, son rythme et même son ambiance évoquent Tintin au Congo de Hergé : découverte de la société coloniale ( ici portugaise ), jeu sur les stéréotypes inhérents au continent africain ( tribus armées de sagaies, sorciers, missionnaires; ... ) et rencontre d'un bestiaire varié ( lions, rhinocéros, Onyx, Zèbres, Chimpanzés,... ). Une même simplicité, voire naïveté, semble parcourir l'oeuvre. Pourtant, chez Scola, cette naïveté n'est qu'apparente.

Là où Hergé montre sa sympathie évidente pour le colonialisme, Scola joue des codes du récit d'aventure afin de nous retourner le discours colonialiste en plein gueule. Doté d'un humour caustique  et efficace, Scola joue en maestro des clichés. Ainsi chaque scène stéréotypée du genre se retrouve ici inversée : la chasse au lion se termine piteusement, l'accoutrement d'explorateur de Sordi est ridicule, quand les africains brandissent des sagaies c'est pour délivrer les héros, les missionnaires sont soit séniles, soit cupides,... Mais d'après l'exemple le plus subtil de ce retournement des valeurs est le suivant :
Dans Tintin au Congo, le héros est accompagné d'un gentil africain débrouillard mais lâche et un peu fripouille. Cela traduisait la vision condescendante portée par les européens sur les africains. Dans le film de Scola on trouve un personage semblable mais il est portugais. C'est donc un colon et cela change tout au discours.
De fait l'odyssée africaine, empreinte de pensée coloniale, telle que rêvée par le héros est désuète. Elle est un vestige voué à disparaître. Ainsi les aventures, souvent risibles, des protagonistes sont le contrepoids, à la fois critique et bouffon, des gravures du XIX° ouvrant le générique et montrant la supériorité du conquérant blanc. D'ailleurs, dans ces gravures, les explorateurs ont comme point commun avec le personnage de ne considérer la culture et la vitalité africiane qu'à travers son folklore. C'est encore le cas aujourd'hui.

Scola se montre donc très critique envers le colonialisme. Tourné en Angola, alors qu'elle était encore portugaise, le long métrage montre une Afrique européenne agonisante. La société coloniale y est malade ( les missionnaires, la folle ) ou violente ( la scène où un colon portugais tente d'aider les héros à traverser un fleuve ). Quand aux militaires blancs ce sont des mercenaires à la fois soldats et brigands. Mercenaires qui sont le juste reflet de l'épouvantable manière par laquelle les européens ont tenté d'imposer leur domination après les indépendances ( lire l'excellent La françafrique de Verschave pour constater l'ampleur des dégâts ! ).
A ce colonialisme moribond et anarchique, empreint de veulerie et de cupidité, Scola oppose une population africaine pleine de noblesse et dont il aime filmer la beauté. A l'exubérance des blancs répond la retenue des angolais ( les larmes coulant sur les joues de la jeune fille lors du départ de Manfredi ). Là aussi c'est une inversion claire et nette des clichés.
Le réalisateur joue la partition d'une odyssée bouffonne jusqu'au bout. Ainsi Scola se permet de livrer un pastiche de Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad ( comme l'a judicieusement évoqué le très interéssant Profondo Rosso sur le forum Mad Movies). Le personnage de Sordi lui même évoque, à un moment, cette filiation. Ainsi le pitch du film est semblable à celui de Conrad : Un homme part à la recherche d'un autre homme disparu et explore pour cela une contrée inhospitalière. Il finira par retrouver le disparu devenu le dieu blanc et terrible d'une société primitive.
Mais exit la noirceur de Conrad, place au duo burlesque et savoureux de l'extraverti Sordi et du savoureux Blier.

Toutefois tout n'est pas parfait dans cette oeuvre réflexive et amusante. On peut reprocher quelques effets de style très daté et des stock shots de rhinocéros pas très heureux. Mais bon ne boudons pas notre plaisir. Nos héros... est oeuvre rythmée, intelligente et amusante qui par certains points évoque le Voltaire de Zadig ou de Candide ( une oeuvre réflexive habillée des atours du récit d'aventure le plus stimulant ).

Un film qui convoque Conrad, Hergé et Voltaire c'est quand même pas si mal !

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The Dillinger escape plan  posté le mercredi 11 mars 2009 18:57

Michael Mann fait partie de mes cinéastes préférés. C'est dit !

Le climax ébourrifant de Le dernier des mohicans est peut être ma scène cinématographique préférée c'est dire. Mais à côté je pourrai retirer tellement de pépites de sa filmographie allant de l'excellent ( Manhunter, Le solitaire, La forteresse noire ) au chef d'oeuvre ( tout le reste ! )

La fusillade de Heat, l'apparition du Golem dans la brume de La forteresse noire, Ali courant dans les rues de Kinshasa ( et les combats virtuoses filmés au plus près du corps et des poings ! ), la poésie du LA nocturne de Collateral, les décors immaculés de Manhunter, l'utilisation magistrale de la musique à la fin de Révélations et de Miami vice... Tant de scènes, de détails qui font qu'aujourd'hui j'aime le cinéma !

Alors la sortie ,cet été ,d'un nouveau Mann, intitulé Public enemies,ne peut qu'être un beau cadeau !

Mais surtout le sujet abordé, la traque du célèbre bandit John Dillinger ( d'ailleurs je rêve de voir le film que John Milius réalisa sur le sujet ), ne peut que me mettre la bave aux lèvres. Il faut savoir que je suis passionné par les années 30/40 et les histoires de banditisme y afférant. Alors Mann qui réalise un film sur le sujet c'est un peu mon rêve ultime ( maintenant il faut que John Woo en fasse un aussi ! ).

En tout cas voici  le trailer de l'objet en question. Doté d'un casting solide ( Christian Bale, Johnny Depp ) le film laisse entrevoir des scènes d'actions virtuoses ( Mann est un génie de la gestion de l'espace )et des personnages soignés et charismatiques ( Depp va nous faire oublier ce bouffon de Sparrow ).

Mais, surtout, j'attend de voir la ville US des 40's dépeinte par Mann. Ainsi, à mon humble avis, Mann me parait être, aux côtés de Scorsese, Gray, Lee ou Fincher,  un des cinéastes les plus doués pour saisir l'âme même des grandes villes américianes ( revoir Collateral pour s'en convaincre ! ).

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